Tourner la page selon Milüne

Alors que ce mois d’octobre commence à laisser entendre l’envers du soit-disant décors rose des hypocrites rubans accrochés sur certains seins que je ne saurais voir,
Alors que la colère des femmes gronde, enfle et que les mots s’affichent sur les réseaux comme des étendards vivants, incapables de faire réagir nos politiciens, nos députés, nos décideurs européens,
Alors que nous venons de vivre un été des plus chauds, que le ciel s’est embrasé et que nos terres, nos maisons portent encore la morsure du feu,
Alors que le monde autour de moi s’enfonce dans la barbarie envers le vivant, envers l’eau, la nature, envers les forets, les arbres, les prairies, les animaux, les abeilles,
Alors que même l’air que nous respirons est de plus en plus pollué,
Alors que tout part en sucette,
j’ai découvert, entendu et écouté avec attention aujourd’hui, cette « vieille » (1987) chanson de Claude Nougaro qui a résonné et personnellement, et d’une façon plus large avec tout ce que nous vivons en ce moment : Il faut tourner la page.
Je vous ai choisi une version de Maurane que je trouve très émouvante; bon j’avoue que je suis très sensible actuellement :

« Il faut tourner la page, Changer de paysage, Le pied sur une berge
Vierge
Il faut tourner la page, Toucher l’autre rivage, Littoral inconnu
Nu
Et là, enlacer l’arbre, La colonne de marbre, Qui fuse dans le ciel
Tel
Que tu quittes la terre, Vers un point solitaire, Constellé de pluriel
Il faut tourner la page… »
(…) je vous laisse découvrir la suite si vous non plus ne la connaissez pas!

Alors pourquoi ces paroles résonnent elles autant en moi ? 🤔
Sans doute la nouvelle lune, peut-être le portail du 10.10.10, et puis tout ce que je lis, vois et entends en ce mois « ROSE » qui, si j’en avais la force et le courage, me mettrait si fort en colère que je pourrais cracher ma rage à mon petit monde personnel, à défaut du monde entier.
L’avantage avec la maladie, c’est que je suis restée très lucide. L’inconvénient ? La liste serait trop longue entre les effets indésirables des rayons sur mes organes internes (mon bassin ressemble sans doute à Hiroshima en octobre 1945), sur ma mémoire, ma concentration, mon élocution (parfois je cherche mes mots et d’autres viennent à la place sans y avoir été invités …), mon sommeil, entre mon corps qui me lâche sans prévenir, qui ne répond plus comme avant ou se fatigue très vite…

Bref vous l’avez sans doute déjà compris, je ne suis plus la même qu’avant la maladie, même si cela ne se voit pas, même si on me trouve bonne mine, même si j’ai repris du poids… et je ne serai plus jamais la même, c’est un fait médical avéré auquel j’ai encore du mal à me confronter.
Et je ne suis pas la seule, car si moi je le sens dans mon corps, dans mes cellules, dans mon sang, dans mes muscles, dans mon bassin, dans mes boyaux et dans mes organes internes, ceux qui n’ont pas vécu cela, de près et même de très près n’arrivent à imaginer ce qu’est le quotidien d’un après traitement.
« Alors, ça y est, tu es guérie ? C’est fini ? »
Que je déteste cette question ! Et j’abhorre encore plus ce que cela sous-entend du cancer, comme si c’était un gros rhume dont on se relèverait sans séquelles, sans conséquences à long terme, à vie devrais-je écrire !
Et non, je n’en sais rien, je vais devoir vivre avec une épée de Damoclès au dessus de mon futur pour le restant de mes jours, et j’en viens à espérer qu’elle saura se faire discrète, voire même oublier.

Ce que mon corps n’oublie pas, c’est qu’il a réagit bien tard, trop tard, qu’il n’a pas vraiment prêté attention à tous ces petits symptômes avant coureurs (cf mon article sur le HPV) alors il se rattrape aujourd’hui et ne cesse de secouer des drapeaux rouges dans mes neurones pour tout ce qui lui semble hors norme ; cela va d’un bouton gratté qui ne cicatrise pas bien à une douleur au sein, un souci de digestion ou même une perte de cheveux plus importante que la moyenne. Tout est prétexte pour me mettre en alerte max alors même que c’est sans doute anodin.
Il semble que ce soit une réaction normale après un cancer et que cela peut durer plusieurs années. Allons donc, me voilà à gérer un symptôme de stress post traumatique en plus du reste.
Bingo ! J’ai gagné au loto de la malchance, mais ça je le savais déjà, depuis longtemps 🙃; c’est comme si j’avais été marquée au fer rouge à la naissance !

« Il faut tourner la page, changer de paysage, le pied sur une berge, vierge… »
Oh que ces mots résonnent en moi, que j’aimerais tant enfin accoster sur des berges sereines, douces et tranquilles… dans ma prochaine incarnation, j’espère ! 🤞🏼
« Il faut tourner la page, aborder le rivage, où rien de fait semblant, saluer le mystère, sourire et puis se taire. »
Ne vous en déplaise, Monsieur Nougaro, sourire je peux sans doute encore y arriver, mais me taire, ça non, pas encore ! Pas tant que j’aurais le courage et l’énergie de partager mon regard sur mon petit monde …
Un grand merci à vous qui le recevez et continuer à me lire 💫💞🎗

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