Cette semaine cela a fait 2 mois que mon traitement contre le cancer a pris fin et si je commence à observer des changements, ce n’est pas toujours ceux que j’espérais, hélas. J’ai beaucoup lu qu’il y avait un avant et un après le cancer, mais rarement que mon intimité, ma santé mentale et nerveuse en seraient affectés durablement.
Dans les points positifs, il me faut noter la fin des rdv (presque) quotidiens à l’ICG.
Finies les séances de radiothérapie qui me laissait agonisante, brûlante et en feu ! Heureusement, je ne vis plus ce ressenti corporel de « feu au cul », (littéralement 😉🍑 !)
Oui, mon corps a été brulé de l’intérieur et cela a aussi induit des brûlures extérieures, au niveau de ma peau -qui a noirci, s’est décollée, désagrégée et a laissé mon derme rouge et sensible, à vif-, au niveau de mes urines qui étaient plus que chaudes (chaudes pisses ? 🤔😉), au niveau de mes neurones grillées qui me font encore défaut quand je veux parler, écrire … souvent les mots me manquent, ne viennent pas, un gros flou envahit mon cerveau et ma langue aimerait cracher ce que je veux exprimer comme un fluide flot de postillons. Je ressens avoir été également cramée à un niveau plus subtil, au fond de mon âme quelque chose est en ruine, le feu de mes élans, de mes espoirs, de mes envies sent le roussi et la cendre chaude.
Finis les gros comprimés roses de chimiothérapie à prendre 2 fois par jour à heures régulières, maximum 30 minutes après les repas, les prises espacées de 9 h à minima. Et de fait, finies les nombreuses alarmes de mon tel qui m’aidaient à gérer ce planning épuisant et démoralisant. Fin du manque d’appétit, j’ai même repris quelques kilos 🙃.
Finies les poignées de cheveux sur ma brosse après chaque brossage : j’en perds moins même si je trouve avoir beaucoup perdu en densité. Heureusement que ma chevelure est épaisse de base, cela se voit moins 😉.
Fin des douleurs lorsque je vais aux toilettes, même si je subis toujours des désagréments dans cette zone, si je n’ai pas retrouvé un contrôle total de mes sphincters et que parfois un simple aller rapide sur la cuvette se transforme en demi heure d’introspection sur le trône !
Je n’ai plus besoin de recourir non-stop aux poches de froid pour rafraîchir mon périnée et calmer les douleurs locales, je n’ai gardé que celle du soir, pour m’aider à l’endormissement.
Dans les améliorations notables, je peux citer la possibilité de me baigner en mer ou en piscine, le soleil qui ne brûle plus ma peau lorsqu’il la caresse, mon sommeil qui s’est allongé en tranches d’environ 6 h (contre 1h30 avant et pendant le traitement) et l’ennui.
Et oui je commence à m’ennuyer, à trouver les journées longues, les soirées interminables et les dimanches sans fin. Par contre, je n’arrive pas à rester concentrée très longtemps (merci les rayons X ), de fait je ne peux plus passer mes journées à lire comme j’aimais à le faire avant. Je n’arrive plus à écrire d’une traite non plus : impossible de me focaliser sur la rédaction de ma soutenance pour valider ma certification de formation avec les Érotypes®.
Rien que pour écrire ce post, cela me prend un temps fou et je dois vous avouer que je ne suis pas super satisfaite du résultat scriptural de ce que je produits depuis le cancer. Il semblerait que cela puisse aussi être du aux changements hormonaux de la ménopause 🤔. Quoi qu’il en soit et quelle qu’en soit la cause, tout cela me déprime et grignote subrepticement ma confiance en moi.
Avec les radiations que mon corps a subi, je me trouve de fait confrontée à une ménopause induite et je découvre les bouffées de chaleur, les chutes hormonales et les variations d’humeur ; je ressens une plus grande susceptibilité, un sentiment de solitude latent et croissant et me laisse envahir par des doutes, des bad trips, la peur du lendemain et de mon avenir… et pourtant j’ai en tête de nombreuses idées.
En bref, c’est toute mon intimité qui est chamboulée par cette expérience du cancer. Et aujourd’hui je me sens seule pour vivre cela, pour affronter demain, la rentrée prochaine, l’attente de mi novembre et du PETSCAN (examen qui validera que le traitement a été positif, ou non !), et le cas échant, le suivi post-cancer qui dure à minima 5 ans. Je vous laisse imaginer ce qui me traverse quand j’envisage un résultat négatif ! Et mes peurs sont bien plus lucides que moi à cet endroit.
On m’a demandé cette semaine si je ne souffrais pas d’une certaine solitude qui serait liée à mon arrivée ici, du fait que je ne connaisse presque personne dans cette région qui m’a appelée, que mes fils soient à 1000 km d’ici et peu disponibles, que mes ami.e.s soient également loin, que ma clientèle soit à refaire entièrement …
J’ai répondu que non ; curieusement, j’ai « apprécié » vivre l’enfer du traitement seule, sans obligation aucune, ni horaires, ni pression inconsciente, sans devoir faire des concessions pour une autre personne qui vivrait sous le même toit, sans penser à autre chose que mon traitement, les effets sur mon corps, mon mental, mon système nerveux… bref une période d’égocentrage bienveillant et bienvenu.
Alors attention, je ne dis pas que je n’aurais pas aimé recevoir des marques de tendresse, des câlins, des mots doux, mais à la lumière de ce que j’ai vécu et considérant mon rythme de vie, mes horaires de sommeil complètement imprévisibles et instables, mes douleurs exprimées par des cris, des hurlements parfois même, des pleurs, des moments d’apathie… il me semble à posteriori préférable d’avoir traversé cela seule, d’avoir eu la possibilité de rester concentrée sur mon corps, sur ses messages, ses ressentis sans aucune obligation sociale, familiale, amoureuse ou autre.
J’ai la chance d’avoir des ami.e.s attentionnés et fidèles qui m’ont soutenue autrement, librement, à leur rythme et selon leurs envies, moyens, sans pression aucune et je tiens à les en remercier ici, officiellement et avec toute mon affection, tout mon cœur.
Et pourtant, depuis cette question, je ressens la solitude comme un poids, comme si une chape de plomb s’était posée sur mon épaules, sur ma poitrine et un sentiment profond de tristesse vient étreindre mon cœur et ouvre les vannes de mes glandes lacrymales. Un rien vient me chambouler : une phrase entendue dans une film, un changement de dernière minute, une image qui s’imprime dans mes rétines, réelle ou imaginée. Mes peurs prennent vie, des scénarios se jouent sur l’écran de mes paupières et j’en viens à redouter cette solitude qui a été mon refuge et mon amie depuis si longtemps : et si je n’avais plus quelques mois de vie devant moi ? Et si mes projets prenaient fin dans 10 semaines ? Et si je n’avais plus jamais l’opportunité d’aimer ? De faire confiance à l’Univers ?
Toute mon intimité est sans dessus dessous, ma vie intérieure profonde, ma nature, mes valeurs sont perturbées, altérées, désorganisées ; deux mots tournent en boucle, sans fin, comme dans un film d’horreur, le long de mon esprit saturé de cortisol et d’adrénaline : finir seule !
J’imagine que c’est encore un effet secondaire du cancer et de ses traitements, que je vais réussir à me réguler, à m’apaiser : j’ai la chance d’avoir une boîte à outils bien fournie et de savoir à quelle porte frapper pour obtenir de l’aide.
Cependant, je sais par expérience, que ce n’est pas le cas de tous les malades, ni de leurs proches : une femme est 6 fois plus susceptible d’être quittée lors de l’annonce du cancer. Et il semble que les hommes vivent cet abandon de plein fouet également.
C’est en partie pour cela que j’ai décidé d’accompagner toutes les personnes concernées par les questions du cancer et de l’intimité, du cancer et de la sexualité. Car malheureusement, ces sujets sont encore trop souvent tabous, tus, dérangeants alors qu’à mon humble avis, ils font partie intégrante du processus de guérison et devraient être anticipés, documentés et accompagnés : donc acte et voici ma proposition « Cancer & Sexualité ».
L’autre aspect qui me meut pour proposer ces accompagnements, c’est l’idée de redonner ce que j’ai reçu au niveau écoute, sophrologie, échanges … J’ai donc proposé ma candidature de sexothérapeute bénévole au sein de l’Association d’Oncologie Intégrative « Ressource » de Montpellier et elle a été retenue. Youpiii !
Une part de moi attend avec impatience que ça bouge au niveau professionnel, que je me sente enfin utile, autonome et équilibrée. Après tout, c’est à la base ce qui m’a motivée pour sauter dans l’inconnu marguerittois et m’a permis d’oser changer de vie. Si tout cela doit avoir un sens, une raison d’être, alors je croise les doigts et me laisse porter par les petits cailloux blancs de la Vie🤞🏼.

