Cette nuit, pour la première fois de cette existence terrestre, j’en ai eu marre et l’envie de me battre m’a abandonnée (et ce ne sont pas les épreuves qui m’ont épargnée pourtant jusqu’ici) me laissant oppressée et désemparée, vidée et en même temps remplie d’eaux lacrymales, dans l’impossibilité de m’abandonner aux bras de Morphée. Et si je jetais l’éponge une bonne fois pour toutes ?
Cette nuit ma foi en la Vie m’a désertée et l’envie de cesser de respirer m’a traversée l’esprit. Une envie noire, gluante, insondable, terrifiante et pourtant terriblement aguicheuse et attirante pour une âme qui ne croit plus en rien et a vu ses derniers espoirs de havre de paix fondre comme et aussi vite que les glaciers actuellement.
Vous l’aurez compris, je suis en mode pessimisme +++ et je n’arrive même plus à voir la moindre étincelle de lumière au bout du tunnel ; il a été obstrué si profondément et je ne me sens plus la force de creuser, d’espérer : je suis épuisée, harassée, exténuée, vidée, brisée…
Ce qui a déclenché cet état vous semblera sans doute anodin mais c’est tellement révélateur et signifiant à mes yeux : le pavé qui fait déborder mon vase interne jusqu’à le vider.
Pour que vous puissiez comprendre, il me faudrait vous parler de ma mère, de sa violence comportementale et verbale, qui est décédée (paix à son âme) à mes 16 ans ; il me faudrait vous expliquer par quoi je suis passée lors de sa longue maladie avant son décès et du violent rejet ressenti ensuite lorsque mon père, après avoir convolé avec la jeune fille au pair allemande, a soudain décidé de se débarrasser de ma sœur et de moi afin de vivre sa vie, ce que nous l’empêchions de faire, bien évidemment, de par notre seule présence ! Exit ma chambre cocon et mon espace de ressourcement.
Depuis ce jour je n’ai plus de chez moi, plus de repère, de lieu ressource et j’ai tenu presque 40 ans en me disant qu’un jour, enfin, je pourrais me poser, avoir mon lieu à moi et vivre enfin pour moi. J’ai donc accepté de vivre dans des lieux qui ne me convenaient pas, de m’accommoder (par amour pour le père de mes enfants, puis pour mes enfants) de maisons qui ne me correspondaient pas avec toujours en ligne de mire et d’espoir cette idée tenace, cette envie motrice de trouver mon « Home Sweet Home ».
J’ai enfin cru que c’était chose faite avec cette maison dans le Gard, porteuse de tous mes espoirs, dont je vous ai déjà parlé. Sauf que je n’ai pas les moyens d’être propriétaire alors que mes enfants oui. Cela aurait pu ne pas être un problème sauf qu’on me demande (encore et toujours) de me taire, d’accepter ce qui est et de m’en estimer contente ! Et là je dis STOP !
Stop à toutes ces injonctions plus ou moins exprimées depuis toujours de fermer ma bouche, de me nier, pour ne pas déranger, ne pas gêner, ne pas faire de bourde (je suis la championne des pieds dans le plat), ne pas faire de vague, par manque de légitimité, d’argent, par peur de représailles, peur inconsciente d’être rejetée, jugée, dévalorisée, moins aimée aussi sans doute (et moins que rien c’est l’horreur).
J’ai trop appris à me taire, à garder pour moi mes remarques, à ne pas partager mes envies, mes besoins : j’ai juste compris comment me protéger et pendant longtemps le Non était mon seul mot barrière ! J’ai tellement posé de « NON » de précaution, par reflexe que je me suis coupée de beaucoup de possibilités, d’expériences, de relations. Est-ce un mal pour un bien ? Je ne sais dire, en tous cas, tous ces refus m’ont permis ensuite, grâce au Tantra, de poser des Oui francs et massifs et de savoir ce que je voulais vraiment au fond de moi, ce qui était important pour moi.
La première chose qui a émergé était ce besoin d’avoir un chez moi qui me ressemble et c’est en partie ce qui m’a motivée pour oser changer de vie et tout mettre en œuvre pour pourvoir vivre dans ce Sud qui m’appelle si fort.
J’avoue que depuis ma première visite de « La Maison », il y a 10 mois, je me suis beaucoup projetée dans sa rénovation et son aménagement ; malheureusement je ne suis pas décisionnaire car sans moyens financiers et aujourd’hui, alors que les travaux ont commencé depuis 10 jours, je constate que je ne pourrais ni y vivre ni y travailler : adieu veau, vache, cochon, couvée, me voilà fort marri et démunie !
Pourtant cette fois-ci, hors de question de me renier, de faire avec, de concilier : j’ai donc décidé de ne pas poursuivre mon investissement dans ce projet de vie ; pour autant je ne me vois pas rester ici à St Malo… Dilemme insoluble à l’heure actuelle qui me plonge dans une perplexité innommable et abyssale. Deuil à faire qui me parait insurmontable.
La seule chose qui me permet de faire encore face : mes massages ! Je me sens tellement alignée lorsque je suis dans cette énergie que j’aimerais y plonger à longueur de journée. Je suis bien consciente que c’est une fuite de la réalité mais c’est la seule chose positive qui émerge lorsque je sonde mon âme et à laquelle je peux espérer me raccrocher.
Alors comment nourrir une terre asséchée et désolée ? Comment retrouver de la légèreté, de l’insouciance, de l’espoir et de l’Amour ? Comment continuer mon chemin ?
Voilà les questions qui me taraudent depuis hier, tournent de boucle en obsession et m’épuisent. Un poids énorme comprime ma poitrine et chaque respiration m’envoie en Enfer ; je suis plombée, anesthésiée, hébétée, KO.
Et pourtant je me surprends à m’occuper de mes lessives, à remarquer avec intérêt les premières pâquerettes dans le jardin, à apprécier les quelques instants de rayons de soleil sur mon visage…
Preuve s’il en était besoin que je suis toujours vivante, qu’une force plus grande que moi m’anime et qu’après avoir touché le fond de la piscine je risque bien de remonter pour, au moins, surnager jusqu’à la prochaine bouée… Et si je me laissais dériver ??? 🤔